Entretien avec Justin Smith
On respire une atmosphère fin de siècle dans le studio londonien du créateur Justin Smith. C'est comme si, d'un moment à l'autre, Paul Verlaine pouvait entrer, sans frapper, et prendre un café avec le jeune chapelier. Sur les murs, des chapeaux aux formes audacieuses ou classiques ressemblent à des masques d'un carnaval de Venise raffiné disparu. Des sculptures vintage, à porter ou simplement à contempler, comme cela arrivait avec les œuvres d'art avant leur reproductibilité technique, pour reprendre Walter Benjamin.
L'expressivité de Justin déborde de ses couvre-chefs fantaisistes et de son corps entièrement décoré. Une imagination explosive qui n'a rien cédé à l'auto-référentialité et à son seul plaisir esthétique mais qui s'est perfectionnée dans la technique, avec l'amour du fait main, du style British et des éléments traditionnels qui font qu'un vêtement peut être porté.
M. Smith nous raconte son aventure créatrice, débutée comme coiffeur multi-récompensé chez Tony & Guy et désormais directeur de sa propre marque J Smith Esquire, et tuteur au Royal College of Art.
D'un salon de coiffure sélect à Londres à une chapellerie haute couture? Quel est le lien entre ces deux carrières?
J'ai été coiffeur pendant plusieurs années, j'ai commencé à l'âge de 19 ans. À 19 ans, je suis parti à Londres et j'ai commencé à travailler chez Tony & Guy. J'ai fait mon chemin au sein de la société très rapidement. J'ai participé à différents concours de design et j'ai gagné de nombreux prix en présentant des coiffures d'avant-garde, très sculpturales et enjouées, principalement pour des spectacles. Je créais des collections environ deux fois par an et j'ai été deux fois finaliste du concours "coiffeur avant-gardiste de l'année". Après 6 ans chez Tony & Guy, j'ai décidé que j'en avais assez de travailler pour une entreprise. C'était en 1998 et j'avais de nombreux clients. J'ai donc décidé de louer un fauteuil dans un salon quelque part dans Soho. J'ai fait cela pendant environ un an, ce qui m'a permis d'augmenter le nombre de mes clients, avant d'ouvrir mon propre salon dans Soho. C'est à ce moment là que j'ai décidé d'avoir une autre boutique de création et c'est ainsi que j'ai commencé à créer des chapeaux.
Comment la coiffure s'est transformée en chapellerie et comment cet atelier a-t-il grandi?
Je créais toutes ces coiffures d'avant-garde puis, cela s'est progressivement transformé en création de chapeaux et en chapellerie parce que je voulais en savoir davantage sur la manière d'équilibrer les éléments sur la tête et comment faire en sorte que les divers éléments restent posés harmonieusement sur la tête. J'ai donc suivi des cours du soir de chapellerie au London College of Fashion pour booster véritablement ma carrière de coiffeur.
J'ai suivi le premier cours et créé un grand chapeau melon, complètement fou, que j'ai ensuite exposé à la Fashion Week de Londres. Ça m'a poussé à continuer. À cette époque, je créais des coiffures pour des magazines, je prenais un petit chapeau que j'avais créé et je l'utilisais pour les séances photo. On a commencé à parler de mon travail dans la presse assez rapidement et tout s'est enchainé progressivement à partir de là.
Comment avez-vous fait pour faire tourner votre salon et suivre les cours?
Les cours du soir se tenaient une fois par semaine, pendant 9 semaines et je me suis lié d'amitié avec le professeur, qui m'a dit que j'avais un regard naturel pour cette activité. Je suis souvent allé chez lui et on a beaucoup travaillé, réalisant de petites pièces pour des amis. C'était juste un hobby, puis j'ai décidé de suivre un autre cours avec lui. Le premier était réservé aux débutants, j'ai donc suivi le cours intermédiaire puis le cours plus approfondi. Au total, cela représente 3 ans de travail avec lui, chez lui et en cours, à réaliser des pièces pendant mon temps libre en plus de la coiffure, qui représentait 5-6 jours de travail par semaine pour que mon salon continue de tourner.
J'ai ensuite décidé d'aller plus loin et j'ai trouvé un cours, à mi-temps, au Kensington & Chelsea College à Londres. C'était 3 jours par semaine et j'ai donc dû fermer mon salon ces jours-là. Ce cours a duré un an et j'ai su que je voulais décrocher le Masters of Arts de chapellerie au Royal College de Londres. J'ai vraiment travaillé dur et j'ai eu une place, simplement grâce aux chapeaux que j'avais créés pendant les autres cours et à mes coiffures sculpturales. Je suppose qu'ils ont aimé ce qu'ils ont vu même si je n'avais pas de diplôme.

J'avais 27 ans quand je suis entré au Royal College et cela a été une étape importante parce que j'avais toujours mon salon de coiffure et que ce cours nécessitait un engagement de 5 jours par semaine pendant 2 ans. J'ai expliqué ma situation et j'ai réussi à suivre le cours de 17 à 23 heures tous les soirs de la semaine. Pendant cette période, j'ai réellement dormi à même le sol dans mon salon de coiffure parce que je ne pouvais pas me permettre de faire quoi que ce soit d'autre.
J'ai étudié pendant 6 ans au total, travaillant en étroite collaboration avec différentes personnes considérées comme les meilleurs professeurs de Londres.
Qui était votre professeur au Royal College?
Un type qui s'appelle Ian Bennet, c'était un professeur formidable. 2 personnes ont été reçues quand j'étais au Royal College: moi-même et Soren Bach, qui vit désormais à Copenhague.
Comment avez-vous développé votre goût et qu'est-ce qui vous inspire aujourd'hui?
Mon goût personnel a toujours été ce qu'il devait être. J'ai toujours eu des idées très arrêtées sur ce que je voulais porter, la manière dont je voulais être coiffé. J'ai commencé très tôt à faire des tatouages et des piercings. Comme vous pouvez le voir, je suis entièrement décoré. J'ai toujours été très expressif.
J'aime aussi beaucoup la tradition. Je crois qu'avec la chapellerie, j'ai exploré les éléments traditionnels. Ma famille est très anglaise, je viens du sud-ouest de l'Angleterre et j'aime le fait que la chapellerie soit très British. J'essaie de respecter cela dans mon travail, respecter le métier, la manière dont les choses sont faites: c'est très important pour moi qu'il y ait de la beauté dans les choses. Je pense que je fais beaucoup référence au vintage dans mon travail et j'aimerais que mon travail dure et devienne vintage.
J'aime l'Art Déco, les meubles du courant esthétique, ce genre de périodes. Je fais beaucoup référence au tournant du siècle. À cette époque, personne ne serait sorti dans la rue sans un chapeau sur la tête. Je fais toujours référence à cela et j'essaie de l'adapter aux têtes pour le rendre plus contemporain.

Je n'essaie pas d'être à la mode. Je ne pense pas à ce que sera la prochaine tendance mode, je fais simplement ce que j'aime. Ma première collection était basée sur les salles de bal vintage des années 1920. Il y a aussi ma collection sur le safari, entièrement en denim. L'idée a commencé à germer quand j'ai acheté du denim parce que, à cette époque, c'était la seule matière que je pouvais me permettre d'acheter. J'ai donc décidé de faire toute la collection avec et d'explorer les différentes techniques. Si je ne m'impose pas de défis, ce n'est pas motivant. Je modifie constamment l'agencement de ma maison et je déplace les meubles, je les couvre de tissus. Changer, croître et apprendre en permanence.

Pour moi, la chapellerie est simplement une forme d'art, une expression de ce que je veux dire et souvent, ce sont soit des pièces qui finissent dans une exposition soit des pièces que je souhaiterais porter. C'est une question d'équilibre: si vous êtes trop créatif, ce qui m'est arrivé dans certaines collections, vos pièces ne vont pas se vendre. Elles deviennent des pièces d'exposition que la presse adore mais que vous ne vendez pas: les gens n'en jouissent pas et ne les portent pas. C'est toujours un défi du point de vue créatif de faire des choses que les gens veulent réellement avoir sur leur tête, parce que la tête est une partie du corps assez sensible et les gens n'ont pas envie de rUssemblaj à des clowns.
Beaucoup disent que j'ai un point de vue vraiment intéressant sur les chapeaux mais ce n'était pas planifié. La raison pour laquelle j'ai créé ma propre marque est l'amour de la technique et du métier mais aussi le fait de repousser les frontières du design et de la technique.
Vous pouvez nous donner un exemple?
Cela va de mes chapeaux en cuir qui sont en fait une seule pièce de cuir découpée à l'emporte-pièce que vous mouillez et modelez vous-même, jusqu'à quelque chose qui prend 3 mois à réaliser comme le chapeau perroquet que j'ai montré au défilé couture à Rome. Cela consistait à explorer l'idée d'avoir un véritable perroquet sur la tête, sans utiliser un vrai perroquet parce que j'aime la nature et, à l'époque victorienne, de nombreux oiseaux ont été tués pour finir sur des chapeaux.

L'idée m'est venue un jour à Venise où j'ai été inspiré par la forme de certains masques. J'ai pensé "ce masque serait splendide s'il y avait un perroquet sur le dessus...". J'ai peut-être pris trop de stupéfiants quand j'étais jeune! Donc, une semaine après mon voyage à Venise, j'ai fait passer un entretien pour un poste en intérim et la femme m'a dit "Je fais un peu de taxidermie". J'ai répondu "C'est génial, travaillez pour moi et essayons d'explorer cet atout!". Elle a été d'accord et on a travaillé pendant quelques semaines, on a trouvé les mesures d'un perroquet et recherché les postures, essayant de faire en sorte que, de loin, il ait l'air vrai. Il nous a fallu 3 mois pour créer le perroquet rouge.
À Rome, j'ai essayé de créer une pièce pouvant être portée, une pièce un peu extravagante et une pièce tout simplement imposante et géniale.
Quel est le concept créatif derrière votre collection de chapeaux pour les portiers de l'hôtel Guoman et la rétrospective J. Smith Esquire mise en œuvre par Gemma Williams?
En fait, cet hôtel m'a demandé si j'étais intéressé pour créer des chapeaux pour tous les portiers de l'hôtel. Ils étaient tous faits sur mesure; nous avons fabriqué 50 chapeaux à la main. Tout est né du fait que l'hôtel voulait créer un événement marketing et médiatique et voulait que ses portiers portent quelque chose qui soit fait main et British. J'ai fait beaucoup de recherches sur l'histoire de l'hôtel, sur les portiers et ce qu'ils représentent pour les personnes qui fréquentent un hôtel et j'ai essayé d'inclure tout cela dans le projet. Je me suis principalement inspiré de l'architecture de l'hôtel.
Quand il a pris forme, nous avons dû repousser le lancement. J'ai donc suggéré de le faire pendant la Art Fashion Week, et du fait que j'ai travaillé pendant 5 ans, nous avons monté une exposition qui incluait une rétrospective de mon travail, une célébration du métier, des traditions et de ce que j'essayais de faire avec ma marque.
Si votre imagerie personnelle était un monde, comment le décririez-vous?
Je crois véritablement que je vis dans une bulle. J'aime la science-fiction et la fantaisie, j'aime Tim Burton; une de mes collections était basée sur un livre intitulé Neverwhere, un livre fantastique de Neil Gaiman sur le Londres souterrain, dans lequel vous passez à travers une porte dans le métro et, soudain, vous vous retrouvez dans un monde entièrement nouveau. Pour moi, c'est de l'imagination. Un bon terme pour décrire mon monde serait probablement "cinglé".
Comment a commencé votre collaboration avec Fabrizio Talia pour l'exposition Limited/Unlimited à Alta Roma?
J'ai rencontré Fabrizio au concours ITS 6 (International Talent Support) à Trieste il y a 9 ans mais nous ne sommes réellement devenus amis qu'il y a 2 ans, quand nous nous sommes vraiment associés et que nous avons commencé à discuter ensemble. Il cherchait quelqu'un pour créer des chapeaux pour un défilé Moschino parce qu'à l'époque - 2009 - il travaillait chez Moschino. Je lui ai dit "Bien sûr, allons-y, qu'est-ce que je peux faire?".
C'est comme si nous étions tombés sous le charme l'un de l'autre, du point de vue de la créativité. Nous nous inspirions mutuellement. Il est venu dans mon studio de Londres et nous avons passé 3 jours à travailler intensément sur les chapeaux que nous allions créer pour Moschino. Je crois que nous sommes tombés amoureux de l'inspiration que nous apportait le projet et de la liberté de nos relations de travail. Il est venu au studio et nous nous sommes amusés, tout en créant quelque chose de beau.

Puis, il a quitté Moschino et nous n'avons pas eu l'opportunité de créer d'autres collections pour eux. J'ai donc essayé de le convaincre de lancer sa propre marque. Nous avons travaillé là-dessus et avons commencé à faire davantage de choses ensemble. Ça a été la véritable naissance d'(Es)* Artisanal. Maintenant, nous travaillons ensemble plus étroitement. Nous faisons tous les deux des défilés à Rome actuellement et nous proposons une installation en janvier et nous avons un projet pour une autre installation à Rome en juillet.
D'autres projets importants à l'avenir?
De nombreux projets importants pour l'avenir. Ils aident à grandir. Pendant les cinq premières années où j'ai travaillé, une grande partie de mon travail consistait en des pièces uniques, la plupart était sur mesure. J'ai approvisionné des magasins mais tout était fait à la main, avec des finitions de haute qualité et c'était très cher. Enfin, en février, je lance ma première collection de prêt-à-porter; le même design, la même éthique, la même qualité mais davantage prêt-à-porter.

Je démarre également une collaboration avec une chapellerie très connue à Londres appelée Lock & Co. C'est un chapelier très ancien situé dans St. James's Street et actif depuis 1676. Heureusement, le lancement aura lieu en février et les pièces seront en vente en magasin dès le mois d'août. C'est excitant parce que c'est une société qui m'a inspiré quand j'ai commencé mon métier de chapelier.
Je créé pour eux 6 pièces spéciales et j'ai également mes 30 pièces de prêt-à-porter qui seront montrées à Londres. Nous sommes parrainés par Ascot, qui est un rassemblement de quatre chapeliers, réunis sous le signe de l'hédonisme, et dirigé par Steven Jones. Nous avons un salon de mode à la Fashion Week de Londres. C'est là que je présenterai ma collection.

Il y a également, à la fin du mois de janvier, un lancement sur le web appelé "Love Hats", qui fournit des chapeaux, et je suis l'un des créateurs sélectionnés avec six pièces spécifiquement créées pour cela. C'est un site super moderne avec une photographie à 360°, sur lequel vous pouvez essayer le chapeau et voir en ligne comment il vous va.
Et il y aura aussi la collaboration avec Fabrizio à Rome le 28 janvier, c'est un énorme événement. L'année prochaine, les collaborations avec (Es)* Artisanal seront nombreuses.
Pouvez-vous nous faire d'autres révélations concernant votre prochaine collection?
Ma nouvelle collection sera imposante, avec de nouvelles formes. Je joue avec des feutres mous et des hauts-de-formes mais ce sera une version streetwear amusante et modernisée comme ce que je fais habituellement.
L'expressivité de Justin déborde de ses couvre-chefs fantaisistes et de son corps entièrement décoré. Une imagination explosive qui n'a rien cédé à l'auto-référentialité et à son seul plaisir esthétique mais qui s'est perfectionnée dans la technique, avec l'amour du fait main, du style British et des éléments traditionnels qui font qu'un vêtement peut être porté.
M. Smith nous raconte son aventure créatrice, débutée comme coiffeur multi-récompensé chez Tony & Guy et désormais directeur de sa propre marque J Smith Esquire, et tuteur au Royal College of Art.
D'un salon de coiffure sélect à Londres à une chapellerie haute couture? Quel est le lien entre ces deux carrières?
J'ai été coiffeur pendant plusieurs années, j'ai commencé à l'âge de 19 ans. À 19 ans, je suis parti à Londres et j'ai commencé à travailler chez Tony & Guy. J'ai fait mon chemin au sein de la société très rapidement. J'ai participé à différents concours de design et j'ai gagné de nombreux prix en présentant des coiffures d'avant-garde, très sculpturales et enjouées, principalement pour des spectacles. Je créais des collections environ deux fois par an et j'ai été deux fois finaliste du concours "coiffeur avant-gardiste de l'année". Après 6 ans chez Tony & Guy, j'ai décidé que j'en avais assez de travailler pour une entreprise. C'était en 1998 et j'avais de nombreux clients. J'ai donc décidé de louer un fauteuil dans un salon quelque part dans Soho. J'ai fait cela pendant environ un an, ce qui m'a permis d'augmenter le nombre de mes clients, avant d'ouvrir mon propre salon dans Soho. C'est à ce moment là que j'ai décidé d'avoir une autre boutique de création et c'est ainsi que j'ai commencé à créer des chapeaux.
Comment la coiffure s'est transformée en chapellerie et comment cet atelier a-t-il grandi?
Je créais toutes ces coiffures d'avant-garde puis, cela s'est progressivement transformé en création de chapeaux et en chapellerie parce que je voulais en savoir davantage sur la manière d'équilibrer les éléments sur la tête et comment faire en sorte que les divers éléments restent posés harmonieusement sur la tête. J'ai donc suivi des cours du soir de chapellerie au London College of Fashion pour booster véritablement ma carrière de coiffeur.
J'ai suivi le premier cours et créé un grand chapeau melon, complètement fou, que j'ai ensuite exposé à la Fashion Week de Londres. Ça m'a poussé à continuer. À cette époque, je créais des coiffures pour des magazines, je prenais un petit chapeau que j'avais créé et je l'utilisais pour les séances photo. On a commencé à parler de mon travail dans la presse assez rapidement et tout s'est enchainé progressivement à partir de là.
Comment avez-vous fait pour faire tourner votre salon et suivre les cours?
Les cours du soir se tenaient une fois par semaine, pendant 9 semaines et je me suis lié d'amitié avec le professeur, qui m'a dit que j'avais un regard naturel pour cette activité. Je suis souvent allé chez lui et on a beaucoup travaillé, réalisant de petites pièces pour des amis. C'était juste un hobby, puis j'ai décidé de suivre un autre cours avec lui. Le premier était réservé aux débutants, j'ai donc suivi le cours intermédiaire puis le cours plus approfondi. Au total, cela représente 3 ans de travail avec lui, chez lui et en cours, à réaliser des pièces pendant mon temps libre en plus de la coiffure, qui représentait 5-6 jours de travail par semaine pour que mon salon continue de tourner.
J'ai ensuite décidé d'aller plus loin et j'ai trouvé un cours, à mi-temps, au Kensington & Chelsea College à Londres. C'était 3 jours par semaine et j'ai donc dû fermer mon salon ces jours-là. Ce cours a duré un an et j'ai su que je voulais décrocher le Masters of Arts de chapellerie au Royal College de Londres. J'ai vraiment travaillé dur et j'ai eu une place, simplement grâce aux chapeaux que j'avais créés pendant les autres cours et à mes coiffures sculpturales. Je suppose qu'ils ont aimé ce qu'ils ont vu même si je n'avais pas de diplôme.

J'avais 27 ans quand je suis entré au Royal College et cela a été une étape importante parce que j'avais toujours mon salon de coiffure et que ce cours nécessitait un engagement de 5 jours par semaine pendant 2 ans. J'ai expliqué ma situation et j'ai réussi à suivre le cours de 17 à 23 heures tous les soirs de la semaine. Pendant cette période, j'ai réellement dormi à même le sol dans mon salon de coiffure parce que je ne pouvais pas me permettre de faire quoi que ce soit d'autre.
J'ai étudié pendant 6 ans au total, travaillant en étroite collaboration avec différentes personnes considérées comme les meilleurs professeurs de Londres.
Qui était votre professeur au Royal College?
Un type qui s'appelle Ian Bennet, c'était un professeur formidable. 2 personnes ont été reçues quand j'étais au Royal College: moi-même et Soren Bach, qui vit désormais à Copenhague.
Comment avez-vous développé votre goût et qu'est-ce qui vous inspire aujourd'hui?
Mon goût personnel a toujours été ce qu'il devait être. J'ai toujours eu des idées très arrêtées sur ce que je voulais porter, la manière dont je voulais être coiffé. J'ai commencé très tôt à faire des tatouages et des piercings. Comme vous pouvez le voir, je suis entièrement décoré. J'ai toujours été très expressif.
J'aime aussi beaucoup la tradition. Je crois qu'avec la chapellerie, j'ai exploré les éléments traditionnels. Ma famille est très anglaise, je viens du sud-ouest de l'Angleterre et j'aime le fait que la chapellerie soit très British. J'essaie de respecter cela dans mon travail, respecter le métier, la manière dont les choses sont faites: c'est très important pour moi qu'il y ait de la beauté dans les choses. Je pense que je fais beaucoup référence au vintage dans mon travail et j'aimerais que mon travail dure et devienne vintage.
J'aime l'Art Déco, les meubles du courant esthétique, ce genre de périodes. Je fais beaucoup référence au tournant du siècle. À cette époque, personne ne serait sorti dans la rue sans un chapeau sur la tête. Je fais toujours référence à cela et j'essaie de l'adapter aux têtes pour le rendre plus contemporain.

Je n'essaie pas d'être à la mode. Je ne pense pas à ce que sera la prochaine tendance mode, je fais simplement ce que j'aime. Ma première collection était basée sur les salles de bal vintage des années 1920. Il y a aussi ma collection sur le safari, entièrement en denim. L'idée a commencé à germer quand j'ai acheté du denim parce que, à cette époque, c'était la seule matière que je pouvais me permettre d'acheter. J'ai donc décidé de faire toute la collection avec et d'explorer les différentes techniques. Si je ne m'impose pas de défis, ce n'est pas motivant. Je modifie constamment l'agencement de ma maison et je déplace les meubles, je les couvre de tissus. Changer, croître et apprendre en permanence.

Pour moi, la chapellerie est simplement une forme d'art, une expression de ce que je veux dire et souvent, ce sont soit des pièces qui finissent dans une exposition soit des pièces que je souhaiterais porter. C'est une question d'équilibre: si vous êtes trop créatif, ce qui m'est arrivé dans certaines collections, vos pièces ne vont pas se vendre. Elles deviennent des pièces d'exposition que la presse adore mais que vous ne vendez pas: les gens n'en jouissent pas et ne les portent pas. C'est toujours un défi du point de vue créatif de faire des choses que les gens veulent réellement avoir sur leur tête, parce que la tête est une partie du corps assez sensible et les gens n'ont pas envie de rUssemblaj à des clowns.
Beaucoup disent que j'ai un point de vue vraiment intéressant sur les chapeaux mais ce n'était pas planifié. La raison pour laquelle j'ai créé ma propre marque est l'amour de la technique et du métier mais aussi le fait de repousser les frontières du design et de la technique.
Vous pouvez nous donner un exemple?
Cela va de mes chapeaux en cuir qui sont en fait une seule pièce de cuir découpée à l'emporte-pièce que vous mouillez et modelez vous-même, jusqu'à quelque chose qui prend 3 mois à réaliser comme le chapeau perroquet que j'ai montré au défilé couture à Rome. Cela consistait à explorer l'idée d'avoir un véritable perroquet sur la tête, sans utiliser un vrai perroquet parce que j'aime la nature et, à l'époque victorienne, de nombreux oiseaux ont été tués pour finir sur des chapeaux.

L'idée m'est venue un jour à Venise où j'ai été inspiré par la forme de certains masques. J'ai pensé "ce masque serait splendide s'il y avait un perroquet sur le dessus...". J'ai peut-être pris trop de stupéfiants quand j'étais jeune! Donc, une semaine après mon voyage à Venise, j'ai fait passer un entretien pour un poste en intérim et la femme m'a dit "Je fais un peu de taxidermie". J'ai répondu "C'est génial, travaillez pour moi et essayons d'explorer cet atout!". Elle a été d'accord et on a travaillé pendant quelques semaines, on a trouvé les mesures d'un perroquet et recherché les postures, essayant de faire en sorte que, de loin, il ait l'air vrai. Il nous a fallu 3 mois pour créer le perroquet rouge.
À Rome, j'ai essayé de créer une pièce pouvant être portée, une pièce un peu extravagante et une pièce tout simplement imposante et géniale.
Quel est le concept créatif derrière votre collection de chapeaux pour les portiers de l'hôtel Guoman et la rétrospective J. Smith Esquire mise en œuvre par Gemma Williams?
En fait, cet hôtel m'a demandé si j'étais intéressé pour créer des chapeaux pour tous les portiers de l'hôtel. Ils étaient tous faits sur mesure; nous avons fabriqué 50 chapeaux à la main. Tout est né du fait que l'hôtel voulait créer un événement marketing et médiatique et voulait que ses portiers portent quelque chose qui soit fait main et British. J'ai fait beaucoup de recherches sur l'histoire de l'hôtel, sur les portiers et ce qu'ils représentent pour les personnes qui fréquentent un hôtel et j'ai essayé d'inclure tout cela dans le projet. Je me suis principalement inspiré de l'architecture de l'hôtel.
Quand il a pris forme, nous avons dû repousser le lancement. J'ai donc suggéré de le faire pendant la Art Fashion Week, et du fait que j'ai travaillé pendant 5 ans, nous avons monté une exposition qui incluait une rétrospective de mon travail, une célébration du métier, des traditions et de ce que j'essayais de faire avec ma marque.
Si votre imagerie personnelle était un monde, comment le décririez-vous?
Je crois véritablement que je vis dans une bulle. J'aime la science-fiction et la fantaisie, j'aime Tim Burton; une de mes collections était basée sur un livre intitulé Neverwhere, un livre fantastique de Neil Gaiman sur le Londres souterrain, dans lequel vous passez à travers une porte dans le métro et, soudain, vous vous retrouvez dans un monde entièrement nouveau. Pour moi, c'est de l'imagination. Un bon terme pour décrire mon monde serait probablement "cinglé".
Comment a commencé votre collaboration avec Fabrizio Talia pour l'exposition Limited/Unlimited à Alta Roma?
J'ai rencontré Fabrizio au concours ITS 6 (International Talent Support) à Trieste il y a 9 ans mais nous ne sommes réellement devenus amis qu'il y a 2 ans, quand nous nous sommes vraiment associés et que nous avons commencé à discuter ensemble. Il cherchait quelqu'un pour créer des chapeaux pour un défilé Moschino parce qu'à l'époque - 2009 - il travaillait chez Moschino. Je lui ai dit "Bien sûr, allons-y, qu'est-ce que je peux faire?".
C'est comme si nous étions tombés sous le charme l'un de l'autre, du point de vue de la créativité. Nous nous inspirions mutuellement. Il est venu dans mon studio de Londres et nous avons passé 3 jours à travailler intensément sur les chapeaux que nous allions créer pour Moschino. Je crois que nous sommes tombés amoureux de l'inspiration que nous apportait le projet et de la liberté de nos relations de travail. Il est venu au studio et nous nous sommes amusés, tout en créant quelque chose de beau.

Puis, il a quitté Moschino et nous n'avons pas eu l'opportunité de créer d'autres collections pour eux. J'ai donc essayé de le convaincre de lancer sa propre marque. Nous avons travaillé là-dessus et avons commencé à faire davantage de choses ensemble. Ça a été la véritable naissance d'(Es)* Artisanal. Maintenant, nous travaillons ensemble plus étroitement. Nous faisons tous les deux des défilés à Rome actuellement et nous proposons une installation en janvier et nous avons un projet pour une autre installation à Rome en juillet.
D'autres projets importants à l'avenir?
De nombreux projets importants pour l'avenir. Ils aident à grandir. Pendant les cinq premières années où j'ai travaillé, une grande partie de mon travail consistait en des pièces uniques, la plupart était sur mesure. J'ai approvisionné des magasins mais tout était fait à la main, avec des finitions de haute qualité et c'était très cher. Enfin, en février, je lance ma première collection de prêt-à-porter; le même design, la même éthique, la même qualité mais davantage prêt-à-porter.

Je démarre également une collaboration avec une chapellerie très connue à Londres appelée Lock & Co. C'est un chapelier très ancien situé dans St. James's Street et actif depuis 1676. Heureusement, le lancement aura lieu en février et les pièces seront en vente en magasin dès le mois d'août. C'est excitant parce que c'est une société qui m'a inspiré quand j'ai commencé mon métier de chapelier.
Je créé pour eux 6 pièces spéciales et j'ai également mes 30 pièces de prêt-à-porter qui seront montrées à Londres. Nous sommes parrainés par Ascot, qui est un rassemblement de quatre chapeliers, réunis sous le signe de l'hédonisme, et dirigé par Steven Jones. Nous avons un salon de mode à la Fashion Week de Londres. C'est là que je présenterai ma collection.

Il y a également, à la fin du mois de janvier, un lancement sur le web appelé "Love Hats", qui fournit des chapeaux, et je suis l'un des créateurs sélectionnés avec six pièces spécifiquement créées pour cela. C'est un site super moderne avec une photographie à 360°, sur lequel vous pouvez essayer le chapeau et voir en ligne comment il vous va.
Et il y aura aussi la collaboration avec Fabrizio à Rome le 28 janvier, c'est un énorme événement. L'année prochaine, les collaborations avec (Es)* Artisanal seront nombreuses.
Pouvez-vous nous faire d'autres révélations concernant votre prochaine collection?
Ma nouvelle collection sera imposante, avec de nouvelles formes. Je joue avec des feutres mous et des hauts-de-formes mais ce sera une version streetwear amusante et modernisée comme ce que je fais habituellement.
27 Janvier 2012
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