Entretien avec Marko Mitanovski

Les sorcières existent vraiment et leur élégance fait presque peur. Le styliste serbe Marko Mitanovski les a fait défiler à la London Fashion Week 2009 pour sa collection “Lady Macbeth”. Haute couture avec un brin de sculpture, théâtre et subculture fétichiste moderne.
Les revues de mode les plus en vue l'ont tout de suite remarqué, mais c'est surtout la nouvelle Circé Lady Gaga qui l'a découvert, qui porte ses créations vestimentaires pour sa dernière tournée et
 qui les montre dans la première exposition de ses costumes de scène.
Nous rencontrons Marko et sa styliste Claudia Behnke au Vicious Club de Rome qui inaugure la saison par une "Romantica party", tandis que les créations de Marko Mitanovski défilent dans une ambiance de cabaret dark...

LTVs, Marko Mitanovski
Rencontre du théâtre et des costumes Renaissance avec la culture punk sadomaso. Quelle est votre Lady MacBeth contemporaine?
Marko Mitanovski: Vous en avez déjà tracé le portrait avant votre question. Elle est un mélange de culture classique et moderne. Je ne me suis pas inspiré de la Lady MacBeth de Shakespeare, mais de celle du film Le Château de l'araignée d'Akira Kurosawa. J'ai ensuite introduit des éléments sadomaso et punk pour une interprétation personnelle du personnage.
LTVs, Marko Mitanovski
Comment a débuté votre collaboration avec Lady Gaga? Votre image médiatique a-t-elle changé depuis?
M.M.: Pendant mon show à la London Fashion Week nous avons bénéficié de beaucoup d'attention de la part des médias internationaux. Toutes les grandes revues de mode étaient présentes. Nicola Formichetti a vu ma collection et m'a demandé de créer des costumes pour Lady Gaga en couverture de Q Magazine. Nous avons ensuite fait d'autres costumes pour des interludes de son Monster Ball Tour, pour une campagne de publicité avec le système d'exploitation mobile Android et pour d'autres projets.
L'importance de Lady Gaga dans l'univers de la mode a augmenté ma visibilité internationale. Grâce aussi à toute son équipe. Nicola Formichetti est le rédacteur en chef de Dazed and Confused Magazine, Vogue Japan et très célèbre dans le monde de la mode.
Pendant la séance photos, un représentant de V Magazine était présent qui m'a contacté uniquement pour avoir vu mes créations à cette séance.
LTVs, Marko Mitanovski
Comment avez-vous rencontré Marko?
Claudia Behnke: Nous étions dans la même agence. Je préparais un éditorial sur des mannequins qui portaient de grandes robes noires sculpturales. J'ai remarqué les pièces de Marko sur le site de Kristina Larapixie et je lui ai écrit. Je lui ai dit que je souhaitais le rencontrer à Londres et faire une séance photos avec lui. Beaucoup de personnes prenaient déjà contact pour le rencontrer et c'est comme ça que nous nous sommes finalement connus. Nous avons programmé 8 photos shootings en 8 jours différents: de la pure frénésie. Depuis, chaque fois que je travaille avec une célébrité j'essaie d'introduire une ou deux de ses créations pour le faire connaître. C'est comme ça que tout a commencé.
LTVs, Marko Mitanovski
Dans votre dernière collection vous faites référence à la Renaissance et à l'époque Victorienne, avec les fraises par exemple. Comment ferez-vous ensuite pour trouver un équilibre entre vêtements faciles à porter, marché et touche artistique?
M.M.: Les vêtements de ma prochaine collection seront certainement plus faciles à porter mais pas pour autant commerciaux. Ils seront fidèles au thème central de la collection mais avec des formes et des détails plus sobres, plus faciles à porter.
Quand on débute sa carrière, il faut montrer tout son potentiel et ses capacités créatives. Tout spécialement à Londres où il y a plein de nouveaux stylistes. On doit montrer ses capacités, même si poussées à l'extrême.

Vous avez un souci maniaque des détails. Quels sont les matériaux que vous utilisez pour avoir des textures aussi vives sur fond noir, qui peut beaucoup aplatir?
M.M.: J'ai utilisé un type spécial d'éco-cuir et joué avec plusieurs techniques de tressage pour obtenir une très belle trame et donner forme aux vêtements.
LTVs, Marko Mitanovski
Qu'est-ce que vous avez appris en travaillant à votre dernière collection?
M.M.: Plusieurs choses. La plus importante ne concerne pas directement la mode: la loyauté envers son équipe. Choisir les bonnes personnes avec qui travailler, se respecter les uns les autres. Créer les bonnes connexions interpersonnelles facilite le travail d'un point de vue créatif.
J'ai eu beaucoup de chance de rencontrer Nina Butkovich-Budden pour les coiffures et l'artiste maquilleuse Issidora. Elles étaient responsables du look des mannequins pour ma collection et depuis nous travaillons ensemble avec aussi Claudia.

De quoi vous inspirez-vous?
M.M.: De formes, sculptures, architectures, textures et de personnages littéraires, car avant la mode j'ai étudié la littérature. Je m'inspire aussi de la nature, des oiseaux, de tout ce qui me fascine.
LTVs, Marko Mitanovski
Vous avez une méthode de recherche?
M.M.: Je remarque des choses autour de moi ou sur Internet que je sauvegarde en désordre dans un dossier. Ensuite j'essaie d'en transformer le contenu de la manière qui me semble la plus juste.

Vous avez participé à deux festivals promus par des marques qui cherchaient de nouveaux talents. À quel point est-ce important pour les jeunes stylistes d'être supportés par des marques, comme par exemple Lancia TrendVisions?
M.M.: Cela dépend de qui vous soutient. S'il s'agit d'une marque qui a une certaine crédibilité, qui est vraiment importante pour la mode et dont j'apprécie les idées, je l'accueille à bras ouverts.
C.B.: Pour un jeune styliste, il est important de participer à des prix qui sont des opportunités et possibilités de sponsorisation. Le support de grandes marques connues est utile, car pour un jeune styliste, lancer sa première collection est très difficile, spécialement en cas de concepts aussi raffinés et d'avant-garde que ceux de Marko, de vraies oeuvres d'art.
M.M.: Exactement. Lancer une nouvelle collection signifie s'auto-produire, une opération vraiment très coûteuse. Le soutien des marques est essentiel.
LTVs, Marko Mitanovski
Quelle est la qualité la plus importante pour un styliste de talent qui veut survivre dans un monde qui change aussi si vite que celui de la mode?
M.M.: Garder bonne conscience.
C.B.: Et surtout, toujours inventer quelque chose de nouveau. Car il y a toujours des gens prêts à imiter ou copier votre travail. Il faut donc toujours inventer quelque chose de nouveau dont les gens parlerons. C'est ça le vrai défi.
M.M.: C'est normal qu'un artiste s'inspire des oeuvres des autres. Mais il faut rester fidèle à son propre style, ne pas perdre de temps à suivre des modes, à moins que vous n'aimiez vraiment pas créer des vêtements commerciaux. Moi je préfère me compliquer un peu la vie.
C.B.: Marko a raison, chacun a sa façon de faire. Quand il travaille c'est un perfectionniste, tout doit être au top.


LTvs, Marko Mitanovski


Photos via markomitanovski.com

3 Février 2012

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